"Villes"

Les temples d'Angkor

Cambodia
(Cambodia )
Localisation : A 5,5 km au nord de la ville de Siem Reap et du lac de Tonlé Sap
Pendant le Xème siècle, les nombreux temples fondés par des dignitaires à travers la plaine témoignent de l'extraordinaire rayonnement de la cour : Prasat Kravan, Bat Chun et Banteay Srei. Dans l'épigraphie, c'est au Xème siècle qu'apparaît - fait unique - l'histoire du Cambodge présenté sur un fond de mythe : le peuple Khmer serait né de l'union de Kamvu (ascète "né de lui-même") avec Mera, l'apsara primordiale. Ce mythe laisse entendre que l'unité de la civilisation était déjà bien établie puisqu'elle inspirait des spéculations sur l'origine semi-divine des Khmers.

Après une période d'instabilité, c'est Suryavarman Ier qui usurpe le trône tout en continuant à régner sur le site palatial de ses prédécesseurs : le renom et l'efficacité du système angkorien sont donc apparus plus vrais que jamais et l'usurpateur justifia ainsi ses prétentions à la légitimité au travers de la lignée maternelle. C'est sans doute avec son règne que la notion d' "Angkor" va au-delà de ses propres limites spatiales pour revêtir une dimension plus large, celle d'une civilisation à part entière. Afin de coloniser de nouvelles terres dans la plaine angkorienne, ce roi commence la construction du plus grand baray connu - le baray Occidental - mesurant 8 km sur 2,1 km et fait bâtir des temples dans les provinces proches et lointaines. Il affirme ainsi le pouvoir central sur les communautés existantes tout en créant de nouvelles sphères d'influence, et systématise l'exploitation agricole dans les terres fertiles à l'ouest d'Angkor.

L'art du règne d'Udayadityavarman II semble refléter une civilisation qui a atteint sa pleine quiétude. Cet art se déploie pleinement à travers la construction du Baphuon et du Mébon Occidental, avec quelques innovations, notamment les petites cartouches encadrant des silhouettes animales ou humaines représentées de façon naturaliste.

Vers la fin du XIème siècle, Jayavarman VI continuera sur les traces de Suryavarman Ier en érigeant plusieurs temples au-delà de la région angkorienne. Ces constructions préfigurent dans leur architecture comme dans leur décor les réalisations remarquables incarnées par le temple-montagne de Suryavarman II qui vint au pouvoir en 1113 : Angkor Vat. Ce dernier, par sa taille, l'harmonie de ses proportions, sa perfection architecturale et artistique, a de toute évidence nécessité pour sa construction d'énormes moyens et une technique extraordinairement sophistiquée.

Dans la deuxième moitié du XIIème siècle, Dharanindravarman II devient le premier roi bouddhiste d'Angkor. Malgré la courte durée de son règne, comme du bouddhisme d'Etat, il est remarquable que quelques trente années plus tard, son fils, Jayavarman VII, en vienne à instituer le bouddhisme comme religion officielle de l'Empire. Cependant, durant l'intervalle qui sépare les règnes du père et du fils, Angkor va subir un coup fatal : la capitale est pratiquement détruite par les Chams en 1177 et très vite, le complexe tissu urbain d'Angkor perd de sa cohérence. La chute de la capitale remet indubitablement en question l'efficacité et la viabilité du système, tout spécialement sa dimension brahmanique.

C'est peut être bien pour cela qu'en 1181, remportant la victoire sur les Chams, le nouveau souverain, Jayavarman VII, fait du bouddhisme Mahayana la religion de l'empire reconquis. Chacun des monuments de Jayavarman VII exprime la foi en la compassion du bodhisattva Lokeçvara. L'iconographie de ces temples nous présente ce dieu particulier sous son aspect de guérisseur, et nombre d'ouvrages à caractère social, comme des hôpitaux et des gîtes d'Etat, vont donc devenir l'expression concrète de l'engagement religieux du souverain. Par ailleurs, c'est la première fois dans l'histoire d'Angkor que certains mythes trouvent leur expression plastique tri-dimensionnelle (comme en témoigne, par exemple, Neak Pean). Jayavarman VII se révèle être un urbaniste exceptionnel, outre l'homme politique providentiel : dès son accession au trône, il redessine le plan de la capitale, remettant en état les structures en rupture de fonctionnement, les complétant par des nouvelles constructions, tout cela dans un ensemble harmonieux. Ainsi, il va délimiter, au moyen d'une imposante muraille en latérite bordée de douves extérieures, une vaste zone, qui va devenir la capitale symbolique et spirituelle du pays : Angkor Thom. Cette dernière, qui comprenait déjà, entre autres, le Palais Royal et le Baphuon, va s'enrichir d'un nouveau temple au milieu de la ville, et qui est son pivot central : le Bayon (temple-montagne de Jayavarman VII). L'ensemble d'Angkor Thom est conçu comme une illustration en trois dimensions du mythe Indien de la création du monde par le barattage de la mer de lait ; ce mythe de régénération éternelle, représenté diversement tout au long de l'art Khmer, trouve ici son expression la plus concrète et la plus spectaculaire.

Avant d'achever le Bayon pour son culte personnel, Jayavarman VII consacra le temple de Ta Prohm à la mémoire de sa mère, et quelques années plus tard le Preah Khan à celle de son père. Il construit au nord de la capitale un nouveau baray, le Jayatataka, avec Neak Pean au centre. Un autre type d'ouvrage hydraulique va se répandre durant son règne : une structure en pierre consistant en une série d'arches construites en travers d'un cours d'eau, servant à la fois de pont ou de barrage selon les cas. La multiplication de ces pont-barrages aisément maniables encourage une redistribution des énergies qui au bout du compte aura tôt fait de provoquer une décentralisation de l'autorité. Pour beaucoup, ce phénomène représente un signe et peut être une des causes du déclin d'Angkor. Le règne de Jayavarman VII est aussi marqué par une innovation importante dans l'art statuaire : jusque là, on avait représenté les personnages historiques sous les traits iconographiques de la divinité de leur choix ; désormais, les statues du roi, de son épouse, et accessoirement d'autres membres de sa famille, sont sculptées de manière réaliste. Plus encore, c'est aussi la divinité qui prend forme sous les traits du roi et non l'inverse : la divinité Lokeçvara est elle-même sculptée sous les traits de Jayavarman VII, fidèlement à la tradition cultuelle fondée par ce dernier de la fusion mystique des dévots dans leur dieux.

Dans le premier quart du XIIIème siècle, après la mort de Jayavarman VII, l'héritage laissé par 400 ans de rayonnement a fourni le cadre et les moyens encore suffisants à la population d'Angkor de prospérer tout le long du XIIIème siècle. En 1296, Tcheou Ta Kouan loua la splendeur de la capitale dans sa longue note riche en renseignements. Toutefois, l'absence de constructions nouvelles est le reflet direct d'une période de stagnation annonçant le déclin définitif. La cour est maintenue à l'intérieur de la cité conçue par Jayavarman VII autour des rois successifs qui se contentent de réparer ou d'apporter des additions, des modifications mineures aux structures déjà existantes. Le retour du brahmanisme se traduit par une transformation iconographique considérable (mais non systématique) : les statues du bouddha sont bûchées et resculptées en lingas, nombre des monuments bouddhiques sont transformés en lieux de culte brahmaniques, et les éléments iconographiques bouddhistes sont défigurés. Bien que le XIIIème siècle ait été marqué par le retour officiel au brahmanisme, de nombreux témoignages suggèrent que le bouddhisme s'était de plus en plus répandu dans le peuple, coexistant harmonieusement avec les sectes brahmaniques. Ainsi, la première in ion entièrement en pali connue à Angkor fut rédigée au début du XIVème siècle et indique non seulement l'essor du bouddhisme mais plus précisément celui de la foi Theravadin. Dans ce premier quart du XIVème siècle, le bouddhisme Theravada va remplacer définitivement le brahmanisme comme religion non seulement du peuple mais également de la cour. En termes de civilisation, l'empire angkorien tire vers sa fin.

A la même époque, Sukhotai, premier royaume Thaï devient la force dominante de la région et démontre sa capacité d'assimilation des éléments les plus réussis des cultures de la péninsule. Les échanges entre l'empire angkorien et ce royaume bouddhiste naissant affectent non seulement la sphère religieuse mais aussi les sphères linguistiques, artistiques et institutionnelles des deux cultures. Toutefois, la montée en puissance de Sukhotai contribue finalement au déclin d'Angkor.

Pendant le XIVème siècle, l'organisation sociale et surtout le système de croyances de l'empire angkorien perdent rapidement de leur efficacité. Les causes de la chute d'Angkor sont cependant complexes et interdépendantes. En adoptant le bouddhisme Theravada, la monarchie s'aliéna la base idéologique sur laquelle elle avait bâti sa puissance, et la hiérarchie brahmanique s'estompant, le peuple ne joua plus son rôle de soutien collectif du culte royal. Or, l'efficacité du système hydraulique angkorien dépendait de l'intense travail collectif sous-tendu par l'idéologie brahmanique. D'autre part, les attaques répétées lancées contre Angkor par l'armée Siamoise pendant les XIVème et XVème siècles constituent un facteur essentiel du déclin de l'empire. Sous ces pressions, l'harmonieux rapport entre croyances religieuses et labeur physique, nécessaire au maintien de la lourde infrastructure angkorienne, perd de sa vigueur. L'échec général du système aboutit finalement à une défaite militaire totale. En quittant Angkor en 1431 ou 1432 après le dernier siège Siamois, la monarchie Khmère laisse derrière elle une cité agraire qui a vu disparaître sa cohérence interne. Le déclin de la civilisation d'Angkor culmine - événement significatif et symbolique - avec l'abandon de la cité.

Source: autoriteapsara.org/fr/
Publié par : carole

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